LA MINE…


Place des Rochers - Rue Victor Hugo

UN PEU D’HISTOIRE…

LE CHARBON

Le charbon est un combustible solide, d’aspect noir brillant. C’est un fossile d’origine végétale datant du Carbonifère (sa formation remonte de 250 à 300 millions d’années).

Le charbon contient 75 % de carbone, le reste étant constitué à parts égales de déchets (les cendres) et de matières volatiles qui autrefois formaient le gaz de ville.

LES PREMIERES UTILISATIONS DU CHARBON

Ce sont les Chinois qui les premiers découvrirent les vertus du charbon « la pierre qui brûle ».

L’utilisation de ce combustible est attestée en Chine depuis plus de 3000 ans.

Il n’existe aucun texte grec ou romain faisant mention de l’exploitation ou de l’utilisation du charbon. Toutefois, il paraît presque certain que les habitants de la région de Saint-Etienne se sont intéressés aux nombreux affleurements depuis la haute antiquité. Certaines sources parlent d’un potier gaulois de Saint-Priest qui aurait fait fonctionner ses fours grâce au charbon de terre (opposé au charbon de bois).

Beaucoup plus convaincants sont les noms de lieux ou de hameaux tel PIRAFOY, la pierre à feu, ce qui tend à prouver que la connaissance de cette pierre qui brûle est antérieure au mot même de charbon.

Ce sont les Anglais - qu’à l’époque on appelait encore les Bretons - qui dans une charte datée de l’an 852, font état pour la première fois en Occident d’une redevance versée pour l’exploitation d’une carrière de charbon.

En France, il faut attendre Philippe Auguste et le début du treizième siècle pour trouver le premier acte écrit concernant l’exploitation d’une carrière de charbon située dans l’Hérault. Cela ne veut pas dire que le charbon était inconnu auparavant, mais qu’il n’avait pas d’importance économique et qu’il n’était utilisé que localement.

Dans le bassin de Saint-Etienne, le 23 avril 1267, Etienne de Saint-Priest procède à la vente d’une perrière de charbon sise sur le chemin de Saint-Genis-Terrenoire pour la somme de 300 livres viennoises. C’est le premier témoignage écrit que l’on ait d’une activité liée au charbon.

Quelques temps après, en 1321, c’est le seigneur de Roche la Molière, un certain Briand de Lavieu, qui engagea un procès concernant les redevances d’une perrière de charbon au lieu dit Villeboeuf. C’est le premier document qui atteste de l’exploitation des affleurements de charbon sur la commune.

A partir de cette date les documents attestent de la continuité de l’exploitation des perrières de charbon sur le territoire de Roche la Molière. On peut citer les dates de 1372 (ouverture d’extraction de charbon à Freycon), 1401 ou encore 1484 qui relate un conflit entre le seigneur de Roche, Dauphin d’Augerolles, et les frères Tissot à propos des revenus d’une perrière de charbon…

LES DEBUTS DE L’EXPLOITATION DU CHARBON


cité des Vialles

Du XIVème au XVIIIème siècle l’exploitation du charbon ne va guère évoluer dans notre région. Elle se fait dans l’anarchie la plus totale : chaque propriétaire de perrière exploite n’importe où et n’importe comment les affleurements. En 1778, le chevalier de Grignon notait que les terrains houillers étaient attaqués par une infinité d’ouvertures qui n‘étaient ni des puits, ni des galeries, mais des terriers étroits, tortueux et surbaissés.

Dans son étude sur les mines de houille dans le bassin de la Loire, Monsieur Lesure déclare que chaque propriétaire exploitait sa petite mine personnelle et que lorsque l’eau envahissait la galerie, toujours peu profonde, il l’abandonnait et en commençait une nouvelle.

Au bout de quatre siècles d’une telle exploitation anarchique, la région est complètement dévastée. Des trous creusés de toutes parts, restent béants à moitié remplis d’eau stagnante. Il était nécessaire de faire des travaux plus rationnels de façon à exploiter cette richesse naturelle jusqu’alors en grande partie gaspillée.

VERS UNE EXPLOITATION RATIONNELLE ET INDUSTRIELLE

Dès le milieu du XVIIIème siècle les frères Labarre, mariniers à Saint-Rambert, se portent acquéreurs de vastes parcelles de terrains à Roche la Molière. Ils y font creuser une mine remarquable pour l’époque, la mine de la Garenne. Selon l’inspecteur Jars chargé d’établir un rapport sur l’état des mines du Forez - les galeries de taille étaient régulièrement tracées à angle droit, les unes sur les autres et les dimensions des piliers soigneusement proportionnées aux masses à supporter… les problèmes d’exhaure (le pompage de l’eau) avaient été résolus de façon satisfaisante.

Mais cette mine était une exception.

C’est le duc de Béthune Charost qui le premier obtient du roi une concession exclusive en 1767 sur l ‘étendue de 1500 toises autour du château de Roche. Il se trouve alors confronté à une violente opposition de la part des petits propriétaires emmenés par les frères Derhins. En 1786, lassé de procédures incessantes, il revend sa concession au marquis d’Osmond qui entreprend immédiatement de vastes travaux pour sécuriser et assécher les mines.

La révolution met un terme à cette concession et le marquis d’Osmond n’est rétabli dans ses droits qu’à la restauration en 1815.

En 1820, le marquis revend sa concession et c’est l’acte de naissance de la fameuse Compagnie des mines de Roche la Molière – Firminy, qui va être au centre de la vie économique et sociale de notre commune pendant 126 ans, jusqu’à sa nationalisation en 1946.

LA SOCIETE DES MINES DE ROCHE LA MOLIERE-FIRMINY

Le XIXème siècle voit naître la société industrielle et avec elle, les besoins en charbon vont être de plus en plus pressants. Pour répondre à ces besoins la Compagnie va investir en masse. Les progrès techniques sont impressionnants. Finis les échelles, les boyaux tortueux, l’incurie et la gabegie qui font abandonner un chantier prometteur à la suite d’effondrements ou d’inondation.

La Compagnie rationalise au maximum l’exploitation et réduit le nombre de puits de production. Ainsi en 1929, il ne reste plus que 3 puits de production dans la division de Roche (le Dolomieu, le Grüner et le Sagnat) et 3 dans la division de la Varenne (le puits Combe, le puits des Granges 1 et le puits des Granges 2). Les autres puits comme le Derhins ou le puits du Marais ou celui de la Chana deviennent des puits de service.

Tous les puits comportent une machinerie et des chevalements de plus en plus modernes : bois, puis acier, puis béton armé et acier.

Ce qui compte pour la Compagnie, c’est le rendement et le profit et pour ce faire, il lui faut une main d’œuvre nombreuse travaillant de façon régulière et qu’il faut donc fidéliser.

A partir de la seconde moitié du XIXème siècle, la région connaît un essor industriel sans équivalent et les travailleurs qualifiés vont bientôt manquer. Pour remédier à cela, la Compagnie envisage dès 1870 « la construction de cités ouvrières pour faciliter le recrutement du personnel – rapport de la Compagnie de 1929 »

Ce sont des cités construites à partir de 1874 (la cité du Buisson démolie en 2002) qui vont façonner le paysage urbain de Roche la Molière et qui en demeurent le principal témoin du patrimoine minier.

En tout, ce sont 14 cités qui seront construites. Il n’en reste plus que 10 et par suite de la vente aux particuliers, elles perdent peu à peu leur architecture spécifique (murs en grès houiller recouvert d’un crépi à bandes, encadrements des ouvertures par des briques et volets de bois avec une petite découpe caractéristique…). Toutefois, l’alignement des maisons et la stricte ordonnance des rues et des jardins permettent de les repérer aisément. Les plus vastes sont sans doute la cité des Vialles (54 maisons et 14 logements contigus) et les cités voisines du Pontin et de Beaulieu (148 maisons).

LES HOUILLERES DU BASSIN DE LA LOIRE

Le décret du 17 mai 1946 met fin à l’existence de la Compagnie qui est nationalisée et dont les actifs sont transférés au houillères du bassin de la Loire. C’est alors l’apogée du charbon et le puits Charles est exploité à partir 1952.

C’est alors le puits le plus moderne d’Europe mais son activité fut éphémère puisqu’il fut abandonné en 1976…

 

 

AUJOURD’HUI sur LES TRACES DU PASSE MINIER…

Comme dans beaucoup de régions industrielles touchées par la crise, la ville de Roche la Molière a connu les difficultés des reconversions d’emplois. Les priorités n’étaient pas alors la préservation du patrimoine minier – d’ailleurs, avait-on conscience que c’était un patrimoine à préserver ?… Il était alors plus important d’attirer des investisseurs et de créer des zones industrielles qui devaient s’implanter sur les sites occupés précédemment par les mines.

On a fait table rase ou presque des carreaux des mines.

Les traces matérielles du passé minier se sont effacées peu à peu jusqu’à une époque récente qui, dans un sursaut essaie de réhabiliter ou de préserver ce qui peut encore l’être.

La ville de Roche la Molière possède toujours un riche patrimoine minier malgré l’absence de chevalement.

Il y a d’une part, des bâtiments liés au travail de la mine proprement dite et d’autre part, des bâtiments significatifs du mode de vie des mineurs et de leurs familles.

QUELQUES UNS DES BATIMENTS liés au TRAVAIL de la mine :

  • restes du puits Derhins auquel ne manque que le chevalement,
  • écuries, bureaux et atelier du puits Dolomieu,
  • réservoirs d’eau près du stade Louis Berger,
  • restes des installations d’une briqueterie,
  • bâtiment de l’hôpital du Crêt,
  • ancienne gare.

BATIMENTS SIGNIFICATIFS DU MODE DE VIE des mineurs et de leurs familles :

  • 10 cités encore debout avec leurs jardins attenants dont l’une (bâtiment de la rue Traversière) date de 1890,
  • l’hôtel pension destiné aux mineurs célibataires qui ne fonctionna que 3 ans et qui porte toujours les symboles caractéristiques de la mine sur ses murs malgré plusieurs reconversions,
  • les caisses de secours des mines (l’une en centre ville, l’autre à Beaulieu),
  • l’église et les écoles privées de la cité de Beaulieu,
  • la société du « sarbacane » crée en 1860.

Des traces plus subtiles et sans doute plus sentimentales peuvent être observées :

  • le reste d’un petit terril qui ne fut jamais achevé,
  • l’entrée d’une fendue embouée,
  • des rails de chemin de fer intérieur de la mine utilisés comme barrière ou poteau d’étendage dans un vieux jardin,
  • des bandes de roulement en caoutchouc noir qui recouvrent une cabane de jardin,
  • la scie égoïne(appelée ici « escofine ») sur un établi,
  • un tracé de route qui emprunte celui du chemin de fer des houillères.

La mine, dans notre région, c’est terminé !…

A Roche comme ailleurs, ne restent que les souvenirs, mais dans les cœurs, elle vit encore.

 Dans toutes les familles, depuis des générations, la mine a crée une richesse bien plus grande que ce charbon si durement extrait, elle a forgé des hommes courageux et solidaires.

 Anciens mineurs, femmes de mineurs, enfants de mineurs…

 Comme un phare dans l’histoire de Roche la Molière, la mine éclaire le passé et le futur de ses enfants.


le puits du Marais

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